La vie et l’œuvre de Jean Tinguely (1925−1991)

Biographie

Jean Tinguely, né le 22 mai 1925 à Fribourg et mort le 30 août 1991 à Berne, est un sculpteur, peintre et dessinateur suisse.

Parmi ses inventions les plus originales, on compte les Méta Matics ou sculptures animées dont il a commencé la réalisation en 1954 sous le nom de Méta-mecaniques qui étaient alors des tableaux animés électriquement. Les Méta Matics sont des machines à dessiner.

Avec sa deuxième épouse, Niki de Saint Phalle, il a créé de gigantesques sculptures, dans des parcs de sculptures, notamment le Jardin des tarots en Toscane.

Tinguely possédait le don d'attirer l’attention et d’établir ainsi une communication avec ses mécanismes détournés de leur sens et de leur finalité. Avec Euréka, une énorme machine conçue pour l’exposition nationale suisse de 1964, cette particularité est apparue comme une caractéristique essentielle de son art. Imprégné des œuvres de Marcel Duchamp (Ready-made ou objets usuels ironiquement promus œuvres d’art), il s’inscrit dans l’esprit dadaïste qui se manifeste par la provocation et la dérision souvent au cours de manifestations publiques. En 1959, son premier triomphe public a lieu lors de la Biennale de Paris, inaugurée par André Malraux, au musée d'art moderne de la ville de Paris, avec des machines produisant des peintures en série dont il a pu faire la démonstration devant le public.

Il remet en question l’académisme de l’art créant des machines construites en partie avec des objets de récupération, sciemment imparfaites, s'opposant au culte de l'objet neuf et pratiquant le recyclage déjà utilisé avant lui par l'art brut. Ces matériaux de récupération auxquels il redonne vie en les animant avec des moteurs comptent parmi les innovations les plus vivantes de la sculpture du XXe siècle.

Dernier voyage

C’était le 4 septembre 1991. Sous un soleil radieux, une foule de 15 000 personnes assistait à Fribourg aux funérailles officielles de Jean Tinguely. L’artiste était mort quatre jours plus tôt, à 66 ans, victime d’une hémorragie cérébrale, aggravée par les problèmes cardiaques qui le minaient depuis quelques années.

Entamé par un coup de canon, le cortège funèbre réunissait, tout au long du parcours qui va des jardins de l’université à la cathédrale, des milliers d’amis et d’admirateurs, des autorités et des artistes, des écoliers aussi auxquels on avait donné congé pour qu’ils puissent assister à la cérémonie. A la mesure de cette affluence à laquelle aucune autre personnalité n’aurait pu prétendre, Jean Tinguely touchait les jeunes et les vieux, les intellectuels et les ouvriers, les amateurs d’art et ceux qui n’y connaissent rien. Après trente ans de travail passionné, ses grandes machines inutiles avaient mis en marche les rêves de tous.

Voulue comme «une fête», la cérémonie avait été soigneusement prévue par le défunt. Dans un mélange de carnaval et de marche des morts qui lui ressemble, à la fois triste et burlesque, le cortège voit d’abord marcher La Landwehr, le corps de musique officiel du canton, une fanfare qui a livré bien des batailles depuis sa création en 1805. Anarchiste et provocateur, Jean Tinguely était aussi un adolescent de la guerre et, les bombardements de Bâle à jamais gravés dans sa mémoire, il a toujours défendu l’armée qui avait protégé les frontières.